Chiens errants à La Réunion : attaques de troupeaux, dégâts et responsabilités
Par Olivier, fondateur de DoogyBook · 10 octobre 2026 · 9 min de lecture

À La Réunion, des chiens divagants s'en prennent à des élevages : le guide de la préfecture évoque des meutes agressives envers les troupeaux de bovins et de caprins et de fortes mortalités de volailles. Aucun bilan récent des attaques n'est publié, et la responsabilité juridique dépend d'une question : le chien a-t-il un propriétaire identifié ? Cet article distingue ce qui est documenté, ce que prévoit la loi, et ce qu'on peut faire après une attaque.
Si vous croisez des chiens errants à pied ou à vélo, c'est un autre sujet, traité dans notre article sur que faire face à une meute de chiens errants.
Ce qui est documenté, et ce qui ne l'est pas
Le guide à l'attention des maires, signé par le préfet le 29 juillet 2020, écrit que « certains animaux regroupés en meutes deviennent agressifs vis-à-vis des troupeaux de bovins ou caprins », que l'on « observe de fortes mortalités de volailles à cause des chiens errants », et que l'errance « engendre des pertes de production » dans les professions d'élevage. La page de la préfecture sur les conséquences de l'errance parle d'attaques d'animaux d'élevage « d'une récurrence préoccupante », sans chiffres.
Le seul décompte d'attaques que nous ayons trouvé date de 2017 : 160 attaques depuis le début de l'année, chiffre attribué à la chambre d'agriculture dans une question écrite d'un député publiée au Journal officiel le 7 novembre 2017. Nous n'avons trouvé aucun bilan plus récent, ni par espèce, ni par secteur.
Le chiffre de 73 000 chiens : ce qu'il mesure
Les 73 000 chiens sont une estimation de 2018, issue d'une étude de l'EPLEFPA de Saint-Paul menée au second semestre 2018 et citée dans le guide préfectoral de 2020 : ce n'est pas un chiffre actuel. C'est le nombre moyen de chiens présents dans l'espace public (entre 51 900 et 100 900 selon l'estimation). Environ 30 900 ont un propriétaire et environ 42 000 sont des chiens errants sans propriétaire ; 74 % des chiens divagants ne sont pas identifiés et 80 % ne sont pas stérilisés. Ce n'est pas le nombre de chiens qui attaquent des élevages : aucune source consultée ne dit combien s'en prennent au bétail, ni quelle part d'entre eux a un propriétaire.
Quels animaux sont touchés ?
Uniquement ce que les sources décrivent :
- Bovins, caprins et volailles, d'après le guide de la préfecture (2020).
- Cabris, canards, coqs et un bouc dans l'attaque de 2017 décrite plus bas, et des élevages de cerfs « régulièrement décimés » à la Plaine des Cafres, selon la même question écrite.
- Volailles dans le témoignage d'un éleveur de volailles et de cabris du Tampon, publié en août 2026 par Parallèle Sud.
Les conséquences pour les éleveurs
La question écrite de 2017 rapporte qu'un éleveur de Saint-Louis a perdu en une nuit 120 cabris, 50 canards, 60 coqs et un bouc, pour un préjudice de plusieurs dizaines de milliers d'euros ; il aurait contracté un prêt de 20 000 € et décidé d'arrêter son activité. C'est un cas cité par un député, pas une statistique.
En 2026, un éleveur du Tampon raconte à Parallèle Sud avoir perdu 80 volailles en 20 minutes lors d'une attaque, puis avoir subi une seconde attaque quelques mois plus tard. L'article ne précise ni la date, ni le lieu des attaques, ni l'identité des agresseurs : nous le citons comme un témoignage, pas comme un bilan.
Côté aides, Imaz Press écrivait en mai 2023 que le Département finance des clôtures mais qu'aucune aide n'existe pour les pertes liées aux attaques, et Parallèle Sud notait en août 2026 qu'il n'existe pas de dispositif comparable à celui de la métropole pour les attaques de loups. Nous n'avons pas trouvé de dispositif d'indemnisation : cela ne prouve pas qu'il n'en existe aucun, mais c'est ce que les sources disent.
Trois situations à ne pas confondre
- Le chien errant sans propriétaire : environ 42 000 selon l'étude de 2018. Il n'y a pas de propriétaire auquel s'adresser.
- Le chien divagant qui a un propriétaire : environ 30 900 dans la même étude. C'est la situation où une responsabilité peut être recherchée.
- Le chien dont le propriétaire est inconnu : un animal non identifié ne permet pas de remonter jusqu'à son maître. Le guide de la préfecture relève qu'il est difficile de réprimer la divagation quand l'animal n'est pas identifié et que son propriétaire est introuvable.
Qui est responsable en droit ?
Le propriétaire. D'après l'article 1243 du Code civil (version en vigueur depuis le 1er octobre 2016), le propriétaire d'un animal est responsable du dommage que l'animal a causé, qu'il fût sous sa garde ou qu'il se soit égaré ou échappé. L'article L211-19-1 du code rural (en vigueur depuis le 6 octobre 2006) interdit de laisser divaguer les animaux domestiques. Côté pénal, l'article R622-2 du Code pénal (en vigueur depuis le 1er mars 1994) punit de l'amende prévue pour les contraventions de la 2e classe le fait, pour le gardien d'un animal susceptible de présenter un danger pour les personnes, de le laisser divaguer.
Ce qu'est un chien divagant. L'article L211-23 (en vigueur depuis le 24 février 2005) range parmi les chiens en divagation celui qui, en dehors d'une action de chasse ou de la garde ou de la protection du troupeau, n'est plus sous la surveillance effective de son maître, est hors de portée de voix ou de tout moyen sonore de rappel, ou à plus de cent mètres de son responsable, ainsi que le chien abandonné et livré à son seul instinct.
Le maire. L'article L211-22 (en vigueur depuis le 21 septembre 2000) prévoit que les maires prennent toutes dispositions propres à empêcher la divagation des chiens et des chats, peuvent ordonner la laisse et la muselière, et font conduire en fourrière les chiens errants et ceux qui sont saisis sur la commune. L'article L211-24 oblige chaque commune, ou l'intercommunalité qui exerce cette compétence, à disposer d'une fourrière. Le guide de la préfecture précise que les maires gardent les pouvoirs de police et que les intercommunalités, qui gèrent les fourrières, n'en ont pas.
Le droit de faire saisir. Le même article L211-22 prévoit que les propriétaires, locataires, fermiers ou métayers peuvent saisir ou faire saisir, sur les propriétés dont ils ont l'usage, les chiens laissés à divaguer par leurs maîtres. Les animaux saisis sont conduits à la fourrière.
Que faire après une attaque ?
Ce que la loi prévoit. Nous n'avons trouvé aucune obligation légale de déclarer une attaque. Ce que les textes prévoient, c'est la saisie et la conduite en fourrière (article L211-22), et la responsabilité du propriétaire s'il est identifié.
Les démarches recommandées par StopErrance.re, le site de la préfecture, qui comporte une rubrique pour les éleveurs :
- signaler chaque attaque à la mairie ou à la police municipale, avec les circonstances, le nombre d'animaux blessés ou tués et, si possible, une description des chiens ;
- déposer plainte à la gendarmerie ou à la police nationale, ce qui peut appuyer une action ultérieure ;
- se rapprocher de la chambre d'agriculture et du Conseil départemental pour les aides à la protection ;
- vérifier régulièrement ses clôtures.
Les collectivités gèrent la capture, les fourrières et les refuges. Voici les numéros que StopErrance.re indique pour chacune, relevés le 10 octobre 2026, sans garantie qu'ils soient toujours valables :
- CINOR : 0800 315 316
- CIREST : 0262 460 649
- TCO : 0800 605 605
- CIVIS : 0800 501 501
- CASUD : 0800 327 327
Nos conseils généraux, qui ne viennent pas d'une procédure officielle : mettez-vous en sécurité d'abord et n'approchez pas des chiens en meute ; photographiez les lieux et les animaux, notez la date et l'heure ; faites constater les blessures ou les pertes par un vétérinaire ; déclarez le sinistre à votre assureur selon votre contrat.
Ne cherchez pas à faire justice vous-même. Les textes lus prévoient la saisie et la fourrière, pas la mise à mort. Le guide de la préfecture évoque par ailleurs des lieutenants de louveterie capables d'expertiser les attaques d'élevages : nous n'avons pas pu confirmer qu'un éleveur puisse les solliciter directement.
Comment prévenir les attaques
Propriétaires de chiens. Identifier et stériliser son chien, fermer le portail et clôturer l'ensemble du terrain, et le garder à portée de voix : la prévention commence par ne pas laisser un chien divaguer. Pour l'identification et les démarches à l'adoption, voir la checklist des 30 premiers jours et le guide de l'adoption à La Réunion.
Éleveurs. Des clôtures contrôlées, que le Département finance selon Imaz Press (2023). Les chiens de protection sont une piste décrite par Parallèle Sud (2026) : un éleveur du Tampon en a huit sur trois exploitations (dont des kangals) et dit ne plus avoir subi d'attaque. Selon l'article, un chien coûte environ 1 200 € (non inscrit au LOF) à 2 000 € (inscrit), plus une centaine d'euros de nourriture par mois, et un éleveur de chiens de protection indique qu'il faut environ deux ans pour en former un. Un autre éleveur interrogé prévient qu'« un chien ne peut pas arrêter une meute ».
Collectivités. Le plan de lutte contre l'errance, lancé début 2017 et reconduit pour quatre ans (2019-2022), comprenait des campagnes de stérilisation, des moyens de capture, des infrastructures et de la communication. Pour le contexte local, voir notre guide du chien et du chat à La Réunion.
Questions fréquentes
Combien de chiens attaquent des élevages à La Réunion ?
Aucune source consultée ne le dit. Le chiffre de 73 000 chiens est une estimation issue d'une étude de 2018, citée dans le guide préfectoral de 2020, sur les chiens présents dans l'espace public, parmi lesquels environ 42 000 sans propriétaire : ce n'est pas un chiffre de 2026, et il ne mesure pas combien de chiens s'en prennent au bétail. Le seul décompte d'attaques trouvé, 160 depuis le début de 2017, est celui de la chambre d'agriculture cité dans une question écrite de 2017.
Qui est responsable si un chien attaque mon troupeau ?
Si le propriétaire du chien est identifié, l'article 1243 du Code civil le rend responsable du dommage causé par son animal, qu'il l'ait eu sous sa garde ou qu'il se soit égaré ou échappé. Si le chien n'a pas de propriétaire connu, cette responsabilité ne peut pas être mise en cause : c'est l'un des obstacles décrits par le guide de la préfecture, qui note qu'il est difficile de réprimer la divagation quand l'animal n'est pas identifié.
Peut-on tuer un chien qui menace des animaux ?
Dans les textes que nous avons lus, la voie prévue est la saisie : l'article L211-22 du code rural permet aux propriétaires, locataires, fermiers ou métayers de saisir ou faire saisir sur les propriétés dont ils ont l'usage les chiens laissés à divaguer, qui sont ensuite conduits en fourrière. Nous n'avons trouvé aucun texte qui autorise un particulier à tuer un chien divagant. Pour une situation précise, rapprochez-vous de la gendarmerie, de votre mairie ou d'un juriste.
Existe-t-il une indemnisation pour les pertes ?
Nous n'en avons trouvé aucune. Imaz Press indiquait en mai 2023 qu'aucune aide n'existait pour les pertes liées aux attaques, le Département finançant des clôtures, et Parallèle Sud écrivait en août 2026 qu'il n'existe pas de dispositif comparable à celui de la métropole pour les attaques de loups. Contactez la chambre d'agriculture et le Conseil départemental pour connaître l'état actuel des aides.
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Noter les vaccins déjà faitsSources : guide à l'attention des maires, DAAF et préfet (29 juillet 2020) ; question écrite n° 2684 (JO du 7 novembre 2017) ; réponse du ministère des Outre-mer (JO du 5 novembre 2019) ; page de la préfecture sur les conséquences de l'errance ; StopErrance.re ; Imaz Press (8 mai 2023) ; Parallèle Sud (17 août 2026) ; textes relus sur Légifrance le 10 octobre 2026 : L211-19-1, L211-22, L211-23, L211-24 du code rural et de la pêche maritime, R622-2 du Code pénal et 1243 du Code civil. Les chiffres datent de 2017 à 2018 et ne décrivent pas la situation actuelle ; les numéros ont été relevés le 10 octobre 2026. Cet article ne remplace pas un conseil juridique.
Olivier — fondateur de DoogyBook
Je ne suis pas vétérinaire. J'écris ces articles à partir des recommandations vétérinaires publiées (WSAVA, ANSES, standards FCI) et de ce que j'observe en construisant les outils de suivi de DoogyBook. Rien de ce que vous lisez ici ne remplace l'avis d'un vétérinaire qui examine votre animal.